MICHÈLE GERBALDI A ÉTÉ NOMMÉE CHEVALIER DE L'ORDRE NATIONAL DU MÉRITE
Notre collègue Michèle Gerbaldi a été nommée chevalier de l'ordre national du Mérite pour ses 39 ans de services en tant qu'astrophysicienne bénévole au sein d'organismes d'astronomie, selon un décret du 15 janvier 2025. Félicitations !
Retranscription du discours d'Alain Omont, directeur de recherche CNRS émérite à l'IAP, chevalier dans l'ordre national de la Légion d'honneur, lors de la cérémonie de remise de médaille :
Figure 1 : Michèle Gerbaldi, le 26 mars 2025, à l'IAP.
Crédit : Jean Mouette (IAP)
Chère Michèle, c'est un grand plaisir d'évoquer ta longue carrière dans l'astronomie et ton implication dans sa diffusion mondiale, dans le cadre de l'IAP où tu es basée depuis près de 60 ans. Cette activité, dominée par la passion communicative de l'astronomie, se divise naturellement en trois parties : la recherche sur la physique et l'observation des étoiles ; une quarantaine d'années d'enseignement à l'université d'Orsay avec le point fort de la formation des enseignants ; et surtout un rôle pilote dans les activités de l'UAI pour le développement de l'astronomie dans les pays en développement.
Ta passion pour l'astronomie date de l'enfance. Après une licence en mathématiques, tu es recrutée en 1966 comme assistante à la jeune faculté d'Orsay par V. Kourganoff. Tu arrives à l'IAP en 1967 pour le DEA d'astrophysique d'E. Schatzman, qui dirige lui-même ton stage de DEA sur la physique stellaire. Ta thèse d'Etat (1977) dirigée par Nina Morguleff, héroïne de la résistance, s'inscrit dans la grande tradition de classification stellaire de l'IAP de D. Chalonge, D. Barbier et L. Divan. Cet énorme travail porte sur 6700 étoiles Am et Ap. Aujourd’hui, où Gaia observe des milliards d'étoiles, il n'est pas inutile de rappeler que dans un passé encore assez récent, l'observation de quelques milliers d'étoiles prenait plusieurs années et leur classement imposait de regarder en détail chaque objet séparément. À partir d’observations à l'OHP et à l'ESO-La Silla, des données UV d’IUE et des distances d’Hipparcos, tes recherches, avec tes principales collaboratrices, N. Morguleff et R. Ferraggiana, ont permis de comprendre en profondeur diverses classes d'étoiles particulières (Ap, Am et λ Bootis), avec l'influence de la métallicité, du champ magnétique et de la binarité. L'importance internationale de ce travail est attestée par ta présidence de la Commission 45 de l'UAI, « Classification stellaire » de 1997 à 2000, pendant laquelle l’UAI a étendu la classification stellaire aux naines brunes avec la définition des nouvelles classes L et T.
Comme enseignante à Orsay, le point le plus saillant est ton implication pendant plus de 35 ans dans la formation des enseignants du secondaire et du primaire et le soutien à leur enseignement de l'astronomie, en particulier par la dissémination de diapositives d'images astronomiques (à l’instigation d'E. Schatzman, avec le soutien de l'UNESCO) et par l’installation d’une coupole et de télescopes. Tu as dirigé deux formations à distance avec le CNED qui ont fonctionné de 1992 à 2006 avec des centaines d'étudiants. Avec des collègues, vous avez créé le CLEA (Comité de Liaison Enseignants et Astronomes) qui cible ses activités sur la formation initiale et continue des enseignants. Cette remarquable institution et sa publication, Les Cahiers Clairault, fonctionnent toujours à plein après plus de 50 ans.
Mais, comme l'a dit Diana Worrall, c'est dans le cadre international de l'UAI que ton action a eu le plus d'impact, comme l'a salué ton prix de l'UAI « Astronomy for Development » en 2022, décrit sur le site de l’IAP. Tu as été directrice de 11 écoles pour jeunes astronomes (ISYAs) de 1992 à 2006, organisées dans divers continents. Ces écoles ont contribué à rompre l'isolement dans leurs pays des jeunes participants, en leur permettant de créer leur propre réseau, au-delà des différences géographiques et culturelles. Ceci fait partie des meilleures réussites de l'UAI d'avoir maintenu l'impossible unité de l'astronomie mondiale.
Je voudrais terminer par deux exemples significatifs de la façon dont tu as vécu et continues à vivre ton histoire : d'abord dans une brève interview pour le cinquantenaire de l'IAP (1988), tu évoques par une belle formule, la « convivialité des coupoles » à l'OHP (surtout par mauvais temps). On peut y voir une certaine nostalgie de l'astronomie d'antan, mais le mot de convivialité me parait tout à fait pertinent pour tous les réseaux que tu as su créer. Le deuxième exemple date de la semaine dernière, où tu as décalé notre rendez-vous pour permettre un long entretien en visio avec la jeune astronome de Mongolie que tu parraines à distance.
Liens
Interview de Michèle Gerbaldi par Stéphane Deligeorges, le 28 mai 1988 sur France-Culture
Rédaction et contacts
- Alain Omont
Institut d’astrophysique de Paris, CNRS, Sorbonne Université
alain [point] omont [à] iap [point] fr - Michèle Gerbaldi
Institut d’astrophysique de Paris, CNRS, Sorbonne Université
michele [point] gerbaldi [à] iap [point] fr
Mise en page : Jean Mouette
Avril 2025